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ANTIBIORÉSISTANCE : Le paracétamol favorise aussi la résistance aux antibiotiques

Actualité publiée il y a 1 année 1 semaine 1 jour
npj Antimicrobials and Resistance
Les antalgiques alimentent discrètement l'une des plus grandes menaces sanitaires mondiales : la résistance aux antibiotiques (Visuel Adobe Stock 987897046)

Cette conclusion marquante d’une équipe de l’Université d'Australie du Sud, que les antalgiques alimentent discrètement l'une des plus grandes menaces sanitaires mondiales : la résistance aux antibiotiques, devrait nous amener à revoir l’utilisation de médicaments courants comme l'ibuprofène et le paracétamol. Ces conclusions, publiées dans la revue npj Antimicrobials and Resistance, sensibilisent d’une part à la question des interactions médicamenteuses et nous rappellent clairement que nous devons évaluer attentivement les risques liés à l'utilisation des médicaments, y compris les plus courant, et particulièrement ceux qui sont prescrits aux plus âgés.

 

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) considère la résistance aux antimicrobiens comme une menace mondiale pour la santé publique – un phénomène en effet responsable de 1,3 million de décès dans le monde chaque année.

 

C’est la première recherche de ce type et ses « révélations » vont encore au-delà : l'ibuprofène et le paracétamol non seulement favorisent la résistance aux antibiotiques lorsqu'ils sont utilisés individuellement, mais l'amplifient lorsqu'ils sont utilisés ensemble.

 

Cette recherche a la particularité d’évaluer l'interaction entre des médicaments non antibiotiques, un antibiotique à large spectre, la ciprofloxacine et la bactérie Escherichia coli. E. coli est une bactérie courante responsable d'infections intestinales et urinaires, et,

exposée à l'ibuprofène et au paracétamol, la bactérie mute et devient antibiorésistante.

Il s'agit d'une découverte importante qui a

de graves implications en santé publique,

en particulier, précisent les auteurs, pour les personnes vivant en maisons de retraite, qui reçoivent de nombreux médicaments, dont des antalgiques.

 

« Les antibiotiques sont depuis longtemps essentiels au traitement des maladies infectieuses, mais leur surconsommation et une utilisation trop généralisées ont entraîné une augmentation mondiale des bactéries résistantes aux antibiotiques », expliquent les chercheurs.

 

La prescription des antalgiques est particulièrement fréquente dans les établissements de soins pour personnes âgées, qui sont plus susceptibles de se voir prescrire de multiples médicaments – non seulement des antibiotiques, mais aussi des analgésiques, des somnifères ou des médicaments contre l'hypertension – ce qui, finalement, constitue

un terrain propice à la résistance des bactéries intestinales aux antibiotiques.

L'étude, qui examine ainsi l'effet de médicaments non antibiotiques et de la ciprofloxacine, un antibiotique utilisé pour traiter les infections courantes de la peau, de l'intestin ou des voies urinaires, qui a consisté à exposer les bactéries à la ciprofloxacine en association avec l'ibuprofène et le paracétamol, révèle que :

 

  • les bactéries développent davantage de mutations génétiques qu'avec l'antibiotique seul ;
  • leur croissance est accélérée ;
  • elles deviennent très résistantes ;
  • fait inquiétant, les bactéries deviennent non seulement résistantes à la ciprofloxacine, mais à de nombreux autres antibiotiques de classes différentes ;
  • des mécanismes génétiques à l'origine de cette résistance sont également identifiés.

 

Des tests effectués avec 9 médicaments couramment utilisés en établissement de soins pour personnes âgées : l'ibuprofène et le paracétamol, mais aussi le diclofénac (un anti-inflammatoire pour traiter l'arthrite), le furosémide (contre l'hypertension artérielle), la metformine (contre l'hyperglycémie liée au diabète), l'atorvastatine (pour réduire le cholestérol et les lipides dans le sang), le tramadol (un analgésique post-opératoire plus puissant), le témazépam (utilisé pour traiter les troubles du sommeil) et la pseudoéphédrine (un décongestionnant), révèlent que

De nombreux médicaments courants non antibiotiques jouent également un rôle dans la montée des résistances.

« La résistance aux antibiotiques ne se limite plus aux antibiotiques »,

relèvent les auteurs : « Cette étude nous rappelle clairement que nous devons évaluer attentivement les risques liés à l'utilisation de plusieurs médicaments, en particulier dans les établissements de soins pour personnes âgées, où les résidents se voient souvent prescrire une combinaison de traitements à long terme. Cela ne signifie pas que nous devons cesser d'utiliser ces médicaments, mais nous devons être plus attentifs à leur interaction avec les antibiotiques et à ces effets de la polymédication ».

 

Les chercheurs appellent à des études plus approfondies sur les interactions médicamenteuses chez les personnes suivant un traitement médicamenteux au long cours, afin de mieux comprendre l'impact possible de ces combinaisons de médicaments courants sur l'efficacité des antibiotiques.

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