CONTINENCE : Le rôle clé de la moelle épinière
Cette découverte d’une équipe de la Keck School de l’University of South California (USC), révèle le rôle clé de la moelle épinière dans le contrôle de la vessie. L’étude, publiée dans la revue Nature Communications, offre un espoir pour de nouveaux traitements de l'incontinence urinaire causée par les troubles neurologiques, le vieillissement et d'autres pathologies.
Alors que l'incontinence urinaire est une maladie dévastatrice qui touche plus de 33 millions de personnes aux seuls Etats-Unis, avec des conséquences néfastes importantes sur la santé mentale et la qualité de vie des patients, ce trouble de la miction est fréquemment retrouvé dans la plupart des troubles neurologiques.
L’équipe de recherche de l'USC marque ici une avancée dans la compréhension du mécanisme par lequel la moelle épinière déclenche le processus de vidange de la vessie. La découverte ouvre la voie à
de nouvelles thérapies prometteuses pour aider les patients à reprendre le contrôle de leur continence.
Cette recherche, pionnière, exploite l'imagerie par ultrasons pour observer en temps réel les variations de la dynamique du flux sanguin dans la moelle épinière humaine lors du remplissage et de la vidange de la vessie.
La moelle épinière régule de nombreuses fonctions humaines essentielles, notamment des processus autonomes comme la vessie, l'intestin et la fonction sexuelle. Ces processus peuvent s'interrompre lorsque la moelle épinière est endommagée à la suite à une blessure ou lésion médullaire, une maladie, un accident vasculaire cérébral (AVC) ou le vieillissement. Cependant, la petite taille de la moelle épinière et la complexité de son enveloppe osseuse rendent son étude directe chez l'homme particulièrement difficile. Contrairement au cerveau, les soins cliniques de routine n'impliquent pas d'électrodes invasives ni de biopsies de la moelle épinière, en raison des risques évidents de paralysie. De plus, l'imagerie IRMf, qui constitue la majeure partie de la neuroimagerie fonctionnelle humaine, n'existe pas en pratique pour la moelle épinière, en particulier dans les régions thoracique et lombaire, où se situe une grande partie des fonctions critiques.
« La moelle épinière reste donc une zone encore très peu étudiée »,
explique l’un des auteurs principaux, le Dr Vassilios N. Christopoulos : « lorsque j'ai commencé à faire des neurosciences, tout le monde parlait du cerveau. Je me suis alors demandé : « Et la moelle épinière ? ».
Pour de nombreux médecins en effet, et de nombreux neuroscientifiques, la moelle épinière « se résume à simple câble qui transmet les informations du cerveau au système périphérique ». Mais l’équipe de l’USC a souhaité véritablement comprendre son rôle dans les fonctions physiologiques.
L’imagerie par ultrasons vient à la rescousse et ouvre ici une nouvelle fenêtre sur la moelle épinière : cette technologie émergente de neuroimagerie mini-invasive a permis à l'équipe de mesurer les variations du volume sanguin sur la moelle épinière pendant le cycle urinaire. Cette mesure a été possible chez un groupe de patients subissant une chirurgie de stimulation médullaire épidurale standard pour des lombalgies chroniques : « Lors de l'implantation du stimulateur médullaire, la fenêtre créée dans l'os, par laquelle la sonde est insérée, offre l’occasion d'imager la moelle épinière par imagerie par ultrasons, sans risque ni gêne supplémentaires pour les participants ».
Pendant que l'équipe chirurgicale préparait le stimulateur, l’équipe a rempli et vidé délicatement la vessie avec du sérum physiologique pour simuler un cycle urinaire complet sous anesthésie, tout en recueillant les données d’imagerie.
L’étude démontre :
- une corrélation entre l'activité de certaines zones de la moelle épinière et la pression vésicale
- l’activité de ces zones augmente avec la pression vésicale, soit via une corrélation positive, soit négative ;
- ces observations suggèrent l'implication des réseaux médullaires excitateurs et inhibiteurs dans le contrôle vésical.
Ces résultats inspirent des stratégies transformatrices visant à restaurer le fonctionnement du système médullaire pour rétablir le contrôle vésical, chez des patients souffrant de dysfonctionnement neurogène des voies urinaires inférieures.
Actuellement, la quasi-totalité des stratégies de neuromodulation pour les troubles de la miction se concentrent sur les voies urinaires inférieures, en grande partie parce que les bases neuronales de ce processus critique restent floues.
Cette recherche apporte une avancée significative avec la perspective d’interventions combinant neuromodulation invasive et non invasive.
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