ÉPIDERMOLYSE BULLEUSE : L’efficacité des greffes de peau génétiquement modifiées
Cet essai clinique de phase III mené par une équipe de la Stanford Medicine démontre que les greffes de peau issues de la thérapie génique sont bien efficaces à traiter l'épidermolyse bulleuse dystrophique sévère, une maladie génétique caractérisée par une fragilité cutanée telle que le moindre contact peut provoquer des cloques et des plaies, conduisant à terme à de larges lésions ouvertes, incurables et extrêmement douloureuses. Ces travaux, publiés dans le Lancet, qui aboutissent à un mouveau traitement disposible en clinique dans 5 hôpitaux américains, ouvrent un immense espoir pour les patients et leurs familles.
L'épidermolyse bulleuse dystrophique sévère est très rare, touchant une personne sur 500.000. Les personnes atteintes présentent une anomalie du gène du collagène VII, une protéine qui maintient normalement la peau. L’auteur principal, le Dr Jean Tang, professeur de dermatologie qui traite les enfants atteints d'épidermolyse bulleuse à l'Hôpital Lucile Packard de Stanford, rappelle : « Le collagène VII est comme une agrafe qui fixe la couche superficielle de la peau. Sans cette « agrafe » moléculaire, les couches de la peau des patients se détachent au moindre frottement, même léger. Cela provoque des plaies qui peuvent persister pendant des années, ainsi que des douleurs et des démangeaisons intenses ».
Les plaies liées à l’épidermolyse bulleuse sont sujettes aux infections, et même prendre un bain est douloureux. Tout au long de la vie, en raison des plaies non cicatrisées et de l'inflammation constante, les patients atteints présentent un risque élevé de cancer de la peau.
D'autres organes et systèmes du corps sont également touchées, car le collagène VII contribue à la cohésion des couches du tube digestif et des yeux, mais les problèmes cutanés constituent l'aspect le plus complexe de la maladie.
Parmi les traitements, il existe un gel de thérapie génique à appliquer sur la peau, disponible, depuis 2023, pour les patients atteints d'épidermolyse bulleuse. Ce gel aide à prévenir et à cicatriser les petites plaies, mais les patients ont toujours besoin d'un moyen efficace de traiter les plaies plus importantes et plus persistantes. Les greffes cutanées répondent à ces critères.
Des greffes de peau génétiquement modifiées
sont cultivées à partir des propres cellules du patient et ces greffes permettent une cicatrisation significativement meilleure, moins de douleur et moins de démangeaisons.
L’auteur principal, le Dr Jean Tang, professeur de dermatologie qui traite les enfants atteints d'épidermolyse bulleuse à l'Hôpital Lucile Packard de Stanford, résume : « Grâce à notre nouvelle technique de thérapie génique, nous pouvons traiter avec succès les plaies les plus les plus complexes et les plus douloureuses. C'est un rêve devenu réalité pour tous les scientifiques, médecins, infirmières et patients qui traitent ces patients et ont participé à ce long et difficile processus de recherche ».
L’étude est menée auprès de 11 patients dont la plupart ont reçu le nouveau traitement à plusieurs sites cutanés. Elle s’inscrit dans un programme plus vaste qui vise à améliorer les options thérapeutiques des patients atteints d'épidermolyse bulleuse. En effet, dès le début des années 2000, l’équipe de Stanford a mené une série d'études démontrant qu'un gène corrigé pouvait être intégré à des cellules cutanées et que les greffes cutanées ainsi obtenues pouvaient « fonctionner ». Les premières preuves ont été apportées sur des animaux modèles de la maladie.
L'équipe a d’abord démontré que la peau génétiquement modifiée pouvait être cultivée en petites zones contenant du collagène VII fonctionnel et être greffée en toute sécurité sur des souris. Ces travaux ont permis ensuite de développer des greffes cutanées par thérapie génique pour les humains. Un essai clinique de phase 1 avait ainsi apporté en 2016 de premières preuves d'innocuité et d'efficacité de ces greffes génétiquement modifiées.
Comment ça marche ? Pour réaliser ces greffes cutanées, cultivées individuellement pour chaque patient, un médecin prélève une petite biopsie de la peau non blessée du patient. La biopsie est ensuite transférée en laboratoire, où un rétrovirus est utilisé pour introduire une version corrigée du gène du collagène VII dans les cellules cutanées. Les cellules génétiquement modifiées sont cultivées en plaques de peau, chacune de la taille d'une carte de crédit. La préparation des greffes dure environ 25 jours, après quoi un chirurgien plasticien suture la peau génétiquement modifiée sur la plaie. Les patients restent à l'hôpital environ une semaine avant de rentrer chez eux. Chaque greffon étant créé à partir de la peau du patient, le traitement permet d'obtenir une peau saine dont les marqueurs immunitaires correspondent à ceux du patient, ce qui élimine le risque de rejet des greffons.
Le nouvel essai de phase III, mené donc auprès de 11 patients atteints épidermolyse bulleuse, âgés de 6 ans et plus, confirme sur 43 paires de plaies (traitée vs témoin), que 24 semaines après la greffe,
- 81 % des plaies traitées sont au moins à moitié cicatrisées, contre 16 % des plaies témoins ;
- 65 % des plaies traitées sont au moins aux trois quarts cicatrisées, vs 7 % des plaies témoins ;
- 16 % des plaies traitées sont complètement cicatrisées vs aucune plaie témoin ;
- les patients rapportent moins de douleurs, de démangeaisons et de cloques sur les zones greffées que sur les plaies témoins ;
- les effets indésirables observés chez les patients liés au traitement se révèlent sans gravité.
Les patients participant à l'essai clinique seront suivis par l'équipe de recherche pendant une période pouvant aller jusqu'à 15 ans afin de vérifier le succès des greffes à long terme. Les chercheurs espèrent que ce traitement permettra également de réduire les risques à long terme d'infections et de cancer de la peau aux sites d'application.
Ces greffes seront disponibles dans 5 hôpitaux des Etats-Unis, dont l'hôpital pour enfants Lucile Packard de Stanford.
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