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FATIGUE CHRONIQUE : Une hyperactivité du système immunitaire

Actualité publiée il y a 1 année 1 jour 15 heures
npj Metabolic Health and Disease
Le syndrome de fatigue chronique (SFC) reste encore mal diagnostiqué voire parfois « remis en cause » par certains professionnels de santé (Visuel Adobe Stock 101040315)

Le syndrome de fatigue chronique (SFC) reste encore mal diagnostiqué voire parfois « remis en cause » par certains professionnels de santé. Alors qu’il touche jusqu’à 2 % de la population, le SFC reste une maladie mal détectée et peu prise en compte, de nombreuses équipes travaillant à identifier des marqueurs spécifiques afin d’améliorer son diagnostic. Cette nouvelle étude, menée par une équipe de la Columbia University's Mailman School of Public Health, présentée dans la revue npj Metabolic Health and Disease, révèle un marqueur universel, une hyperactivité du système immunitaire chez ces patients atteints de SFC.

 

Les patients atteints du syndrome de fatigue chronique ou encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) présentent des réponses immunitaires innées accrues contre les bactéries, les virus et les champignons. Bien que ces réponses soient essentielles pour lutter contre les infections, elles peuvent causer des dommages lorsqu’elles ne sont pas maîtrisées. C’est ainsi que les réponses immunitaires exacerbées ou « tempêtes de cytokines » observées dans certains cas sévères de COVID ont été assimilées à ces syndromes.

Un syndrome physique autant que psychologique

Cette recherche révèle des nouvelles données moléculaires sur les effets durables du syndrome sur l'inflammation et la réponse immunitaire. Ces indices pourraient éclairer le développement d'interventions thérapeutiques ciblées pour réduire les symptômes de l'EM/SFC et d'autres syndromes post-infectieux, tels que la maladie de Lyme et le COVID long.

 

Les symptômes de l'EM/SFC comprennent, un syndrome de type grippal avant, puis une fatigue inexpliquée, un malaise post-effort et un dysfonctionnement cognitif. Autrefois considéré comme un trouble psychologique, de nombreuses études sur le sang, les muscles et le cerveau démontrent que l'EM/SFC est tout autant un syndrome physique. Les scientifiques ont admis l'hypothèse que

cette maladie résulte d'une réponse anormale à une infection,

entraînant une inflammation et des lésions cellulaires altérant le métabolisme énergétique.

 

L’étude analyse des échantillons sanguins de 56 patients atteints d'EM/SFC et de 52 témoins en bonne santé et ont ou cartographier le métabolome (métabolites du métabolisme cellulaire) et le protéome (protéines produites par des processus biologiques) via de nouveaux tests moléculaires de pointe. Les réponses immunitaires ont également été évaluées face à une stimulation microbienne – une infection simulée – avant et après l'exercice. Ces différentes analyses révèlent chez les patients atteints,

 

  • des perturbations dans des processus pathologiques interconnectés, souvent observés dans les maladies inflammatoires chroniques, suggérant un dysfonctionnement métabolique, une dérégulation immunitaire et des lésions tissulaires, au point de pouvoir déclencher une réponse inflammatoire systémique.

Cette relation étroite entre l’EM/SFC et l’hyperactivité immunitaire est une cible pour de nouvelles stratégies thérapeutiques.

Quelles explications ? Parmi les explications de cette relation,

 

  • l’altération de la production d'énergie cellulaire, pouvant entraîner un épuisement physique et mental et l'accumulation de métabolites toxiques ;
  • des anomalies lipidiques contribuant aux lésions tissulaires et perpétuant l'inflammation ;
  • des perturbations de la matrice extracellulaire, qui assure le soutien structurel et régule le comportement cellulaire ainsi que la libération de molécules de signalisation favorisant l'inflammation ;
  • la perturbation des barrières épithéliales, notamment intestinales, pouvant contribuer au développement d'une dysbiose intestinale, où l'équilibre du microbiote intestinal est altéré, entraînant la translocation de produits bactériens dans le sang, déclenchant ainsi une inflammation ;
  • l’activation du système du complément du système immunitaire inné, dont la suractivation peut contribuer aux lésions tissulaires, à l'inflammation et à une fatigue prolongée ;
  • les perturbations des voies antioxydantes dépendantes du cuivre, pouvant favoriser le stress oxydatif, l'inflammation et les lésions tissulaires ;
  • le dérèglement des voies tryptophane-sérotonine-kynurénine, pouvant entraîner une altération des fonctions cognitives.

 

D’autres observations inspirent le recours à des traitements existants : chez les patients atteints d'EM/SFC, les chercheurs observent également que :

 

  • les cellules mononucléaires du sang périphérique, des cellules sanguines jouant un rôle clé dans la réponse immunitaire, stimulées par une infection produisent des taux accrus d'IL-6, une cytokine essentielle à l'inflammation ;
  • ces cellules libèrent ainsi des taux plus élevés de cytokines pro-inflammatoires chez ces patients vs témoins sains ;
  • ces réponses immunitaires exacerbées, le sont encore plus chez les femmes que chez les hommes, les taux les plus élevés étant observés chez les femmes de plus de 45 ans présentant des taux plus faibles d’hormone sexuelle œstradiol.

De nouveaux candidats se dessinent,

à la fois pour les essais cliniques puis de nouvelles thérapies ciblées, de nombreux traitements déjà disponibles permettant de cibler des symptômes spécifiques appartenant au large spectre des symptômes du SFC  :

 

  • outre la metformine, un antidiabétique de type 2,
  • la cytokine régulatrice IL-37,
  • la rapamycine, un inhibiteur de mTOR et immunosuppresseur,

pourraient aider les personnes atteintes d'EM/SFC présentant une immunité innée renforcée ou une hypersensibilité aux stimuli microbiens.

  • Les patients présentant un déséquilibre du microbiote intestinal pourraient également bénéficier de prébiotiques (inuline) et de probiotiques (F. prausnitzii), qui renforcent l'intégrité de la barrière gastro-intestinale et régulent les réponses immunitaires.

 

Finalement les chercheurs évoquent différents profils de patients atteints d’EM/SFC qui pourraient bénéficier des traitements ciblant leurs principaux symptômes.

 

« Bien que les causes de l'EM/SFC restent encore mal comprises, identifier les différents processus biologiques en cause dans les différents sous-types spécifiques d'EM/SFC, peut permettre d’éclairer la recherche clinique et de développer des interventions ciblées ».

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