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MICROBIOTE INTESTINAL : Ces acides biliaires naturellement anticancéreux

Actualité publiée il y a 1 année 1 mois 1 semaine
Cell
C'est la découverte de microbes intestinaux qui libèrent des acides biliaires anticancéreux permettant de bloquer les signaux hormonaux du cancer (Visuel Adobe Stock 1115430229)

Cette découverte, de microbes intestinaux qui libèrent des acides biliaires anticancéreux permettant de bloquer les signaux hormonaux du cancer, ouvre à l’évidence de nouvelles perspectives prometteuses pour stimuler la réponse immunitaire antitumorale. L’étude, menée par une équipe de biologistes et d’endocrinologues de la Weill Cornell Medicine (New York) et publiée dans la revue Cell, suggère en pratique que l'introduction de microbes intestinaux ciblés chez les patients atteints de cancer avant le traitement, ou l'administration directe d'acides biliaires anticancéreux dans le cadre du traitement pourraient rebooster la réponse immunitaire anticancéreuse.

 

« Se faire de la bile n’est pas toujours mauvais ». Ici, ces microbes intestinaux identifiés produisent des acides biliaires secondaires qui vont soutenir les défenses immunitaires de l'hôte contre le cancer. Ces acides biliaires protecteurs, produits dans l’intestin, constituent une toute nouvelle illustration du rôle central du microbiote intestinal.

De puissants métabolites qui bloquent la signalisation androgénique

L’étude, préclinique, révèle précisément que certaines bactéries naturellement présentes dans l’intestin humain peuvent transformer les acides biliaires dérivés du cholestérol en puissants métabolites qui renforcent l’immunité anticancéreuse en bloquant la signalisation androgénique.

 

L’un des auteurs principaux, le Dr Chun-Jun Guo, professeur agrégé d’immunologie et d'hépatologie et et expert des maladies inflammatoires chroniques (MICI) au Weill Cornell Medicine, ajoute :

« Nous avons été très surpris par nos résultats.

Personne n’avait encore découvert de telles molécules issues des acides biliaires et pouvant interagir avec le récepteur des androgènes ».

 

Quel processus ? Les acides biliaires primaires sont produits par le foie et libérés dans l'intestin, où différents groupes de bactéries collaborent pour modifier leurs structures chimiques. Ici, l’exploration des modifications bactériennes des acides biliaires révèle :

 

  • le potentiel remarquable des bactéries intestinales, à transformer certains acides biliaires ;

  • plus de 50 molécules d'acides biliaires différentes sont découvertes comme modifiées par le microbiote ;
  • leur interaction avec les récepteurs humains qui détectent les acides biliaires qui présentent une forte ressemblance structurelle avec des hormones sexuelles comme la testostérone et les œstrogènes, leur permet probablement d’interagir aussi avec les récepteurs des hormones sexuelles dans l'organisme. Des tests menés avec les 56 acides biliaires modifiés permettent d’en identifier 1 qui antagonise le récepteur aux androgènes, une molécule qui interagit avec les hormones sexuelles pour réguler de nombreux aspects du développement humain.
  • Des tests sur 44 autres acides biliaires modifiés par le microbiote, déjà caractérisés, révèlent 3 autres acides biliaires qui agissent de manière similaire.

 

Rappel du rôle clé du récepteur aux androgènes : Outre son rôle dans le développement, le récepteur aux androgènes est également présent dans certaines cellules immunitaires, notamment les lymphocytes T CD8. De précédentes études ont montré que le blocage de ce récepteur peut renforcer la capacité de ces cellules immunitaires à combattre les tumeurs. Ici, l’équipe montre que des acides biliaires peuvent aussi exercer cet effet en se liant au récepteur aux androgènes et en l'inactivant.

 

  • des souris atteintes d'un cancer de la vessie et traitées avec ces composés développent en effet une puissante réponse antitumorale ;
  • les acides biliaires modifiés stimulent spécifiquement l'activité des lymphocytes T, les cellules immunitaires vouées à éliminer le cancer.

 

« Ces acides biliaires modifiés contribuent à réduire la taille des tumeurs en améliorant la capacité des lymphocytes T à survivre dans la tumeur et à détruire les cellules cancéreuses », écrivent les auteurs.

 

Non seulement l’étude inspire, à partir de l’action de ces acides biliaires de nouvelles thérapies « microbiotiques », mais elle réaffirme, d’une toute nouvelle manière, l'importance d'intégrer l'activité microbienne dans la conception de futures thérapies contre le cancer.

 

La recherche ouvre également 

nombre d’interrogations : sur l'alimentation notamment, 

dont on sait qu'elle influence la composition du microbiote. Au-delà de leurs propriétés anticancéreuses, quels effets physiologiques ces acides biliaires bloquant les récepteurs aux androgènes pourraient-ils avoir chez les individus en bonne santé ? 

 

Il s’agira donc de contrôler précisément la synthèse et la libération de ces molécules bénéfiques et de préciser l’impact physiologique plus large de ces acides biliaires bloquant les androgènes, dérivés du microbiote, chez l’hôte.

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