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PEUR : Son signal peut vite s’oublier

Actualité publiée il y a 1 année 3 semaines 5 heures
PNAS
Ce mécanisme de contrôle de la peur restaure le calme lorsqu’il fonctionne, mais prolonge l’anxiété, voire le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), lorsqu’il ne fonctionne pas (Visuel Adobe Stock 1209302508).

Cette étude de neuroscientifiques de l’Institut Picower du Massachusetts Institute of Technology (MIT) révèle comment un circuit de dopamine entre 2 régions cérébrales permet d'éteindre la peur une fois le danger passé. Ces travaux, publiés dans les Actes de l’Académie des Sciences américaine (PNAS), mettent ainsi en évidence un mécanisme potentiellement crucial pour la santé mentale : ce mécanisme restaure le calme lorsqu’il fonctionne, mais prolonge l’anxiété, voire le syndrome de stress post-traumatique (SSPT), lorsqu’il ne fonctionne pas.

 

Lorsqu’un danger survient puis s’éloigne, le cerveau reçoit un signal de fin d'alerte qui lui apprend à éteindre sa peur. Cette recherche montre que ce signal est la libération de dopamine le long d'un circuit cérébral interrégional spécifique.

 

L’un des auteurs principaux, Michele Pignatelli di Spinazzola, professeur de biologie et de neurosciences au Laboratoire RIKEN-MIT et à l’Institut Picower, résume :

« La dopamine est essentielle pour initier l’extinction de la peur ».

En 2020, la même équipe avait montré que l’apprentissage de la peur, mais aussi l’apprentissage de la fin du danger résulte d’une compétition entre des groupes de de cellules de l’amygdale : ainsi,

  • lorsqu’une souris apprend qu’un endroit est « dangereux », le souvenir de la peur est codé par les neurones de la partie antérieure de l’amygdale basolatérale qui expriment le gène Rspo2 ;
  • lorsque la souris apprend qu'un lieu n'est plus associé au danger, les neurones de l'amygdale basolatérale postérieure (pBLA) exprimant le gène Ppp1r1b codent un nouveau souvenir d'extinction de la peur qui surmonte la peur initiale. Ces mêmes neurones codent également le sentiment de récompense, ce qui contribue à expliquer

pourquoi on se sent si bien lorsqu'on réalise qu'un danger s'est éloigné.

 

L’étude, qui visait à déterminer, chez des souris modèles de peur, ce qui incite ces neurones de l'amygdale à coder ces souvenirs, montre que c'est la dopamine qui est envoyée de l’aire tegmentaire ventrale aux différents groupes de cellules de l'amygdale, qui induit l’extinction de la peur :

 

  • la dopamine aide le cerveau à désapprendre la peur, via un mécanisme précis ;
  • la dopamine active des neurones spécifiques de l'amygdale liés à la récompense, ce qui entraîne l'extinction de la peur ;
  • l’aire tegmentaire ventrale est confirmée comme la principale source du signal ;
  • désapprendre la peur ne se limite pas à la supprimer : il s'agit d'un processus d'apprentissage positif alimenté par le mécanisme de récompense du cerveau.
  • Ces observations ouvrent, à l’évidence, de nouvelles perspectives pour comprendre et traiter les troubles liés à la peur, comme le SSPT.

 

La dopamine joue ici un rôle majeur : grâce à une méthode permettant de suivre et de visualiser cette activité dans le cerveau, l'équipe observe ici la dopamine dans l'amygdale chez des souris lors d'une expérience de 3 jours.

 

  1. Le 1e jour, les souris sont placées dans un enclos où elles reçoivent 3 petits chocs électriques sur les pattes.
  2. Le 2è jour, elles sont replacées dans l'enclos pendant 45 minutes, sans recevoir de nouveaux chocs. Au début, les souris ont peur, puis elles se détendent, après environ 15 minutes sans choc.
  3. Le 3è jour, toujours dans l’enclos, la peur manifestée au début du deuxième jour a bien disparu.

 

Le suivi de l'activité dopaminergique révèle que les souris ayant appris à éteindre leur peur le plus intensément présentent également le signal dopaminergique le plus élevé au niveau d’un groupe spécifique de neurones. A l’aide de l'optogénétique, lorsque les scientifiques désactivent les entrées dopaminergiques de l’aire tegmentaire ventrale, l'extinction de la peur est altérée. Lorsqu'ils réactivent ces entrées, cela accéléré l'extinction de la peur. Enfin, la dopamine apparaît également impliquée dans l'encodage et l'extinction de la peur, en manipulant les récepteurs dopaminergiques des neurones de l'amygdale.

 

Les scientifiques précisent que s’’ils ont identifié le « signal d'apprentissage » de l'extinction de la peur, le phénomène plus large d'extinction de la peur se produit à l'échelle du cerveau, plutôt que dans ce seul circuit. Cependant, ce circuit constitue bien une cible clé à prendre en compte pour le développement de médicaments contre l'anxiété et le syndrome de stress post-traumatique (SSPT).

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