PRÉVENTION CARDIAQUE : Exercice, alimentation, des mesures bien trop réductrices
Faites de l'exercice et mangez des légumes : ces mesures de mode de vie sain sont bien connues - mais pas suffisantes- pour réduire le risque cardiovasculaire., alerte cette équipe de cardiologues de la Simon Fraser University (Burnaby, Canada). Les chercheurs documentent, dans l’European Heart Journal, l’urgence de nouvelles recommandations « universelles » visant à améliorer la santé cardiaque, partout dans le monde.
Les maladies cardiovasculaires sont la principale cause de décès dans le monde, 80 % des décès survenant dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Cependant, les recommandations internationales en matière de santé cardiaque se fondent principalement sur des recherches menées dans des pays à revenu élevé et négligent certaines causes profondes de ces maladies, relève l’un des auteurs, Scott Lear, professeur de sciences de la santé :
« Le monde ne se limite pas aux pays à revenu élevé et lorsqu'on pense aux recommandations universelles comme 75 minutes d'exercice par semaine ou aux 5 portions de fruits et légumes par jour, on oublie d’autres facteurs sociaux, environnementaux voire même politiques ».
La vie n’est pas la même partout
Les facteurs environnementaux ont un impact considérable sur la santé cardiovasculaire, rappellent les auteurs : « L'environnement de vie et le type de travail, notamment, influencent considérablement la santé ».
L’étude examine les causes des maladies cardiovasculaires à partir des données de la cohorte collaborative Prospective Urban Rural Epidemiology (PURE) en cours, qui recueille ces données auprès de pays à revenu élevé, intermédiaire et faible depuis 2002 et comprend plus de 212.000 participants de 28 pays des 5 continents. Ces données sont collectées tous les 3 ans et comprennent des mesures physiques (taille, poids, tension artérielle, tour de taille et de hanches, capacité pulmonaire) et des données cardiovasculaires. Cette analyse permet d’identifier les multiples facteurs de santé cardiovasculaire :
- outre l’activité ou l’exercice physique,
- la nutrition, jouent également un rôle considérable :
- l'éducation,
- le tabagisme,
- la pollution atmosphérique,
- le changement climatique,
- l'isolement social,
- l'accès aux médicaments, aux traitements et aux soins de santé.
Ces derniers facteurs ne devraient pas être négligés : ici, environ 87 % des participants vivaient dans des pays à revenu faible ou intermédiaire et étaient donc exposés à des facteurs de risque individuels liés à l'urbanisation ou à l’accès aux soins de santé. Ces environnements de vie peuvent également influencer la pratique de l'exercice physique. L’analyse révèle en effet que :
- l'activité physique autodéclarée est plus élevée dans les pays à revenu élevé, même si, dans ces mêmes pays, plus de 22 % des participants restent assis plus de 8 heures par jour -alors que seuls 4 % des participants des pays à faible revenu supportent cette forme de sédentarité.
- l’accès à une alimentation saine comprenant des fruits, des légumes, des légumineuses, des noix, du poisson et des produits laitiers -connue pour réduire le risque de maladies cardiovasculaires, dépend également du lieu de vie ; avec parfois quelques surprises :
Ainsi, la consommation de fruits et légumes est plus faible dans les pays à faible revenu, car les agriculteurs n'ont pas les moyens de consommer leurs propres produits. Pour un grand nombre de ces personnes, consommer le minimum recommandé de 5 portions de fruits et légumes par jour représenterait jusqu'à 50 % du revenu de leur foyer.
La règle exercice + alimentation est donc tout à fait réductrice en termes de réduction du risque cardiovasculaire. De nombreux facteurs environnementaux devraient être pris en compte et des modèles de prévention spécifiques devraient être développés, en fonction de l’environnement de vie et des expositions.
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