PROGÉRIA : Ces ciseaux moléculaires qui coupent précisément le gène mutant
C’est une avancée majeure dans le traitement de la progéria : des ciseaux à ARN qui ciblent et éliminent précisément le gène mutant. Cette thérapie à base d'ARN qui cible et élimine précisément la progérine, la cause profonde de la progéria, développée au Korea Research Institute of Bioscience and Biotechnology (KRIBB) et documentée dans la revue Molecular Therapy, ouvre un immense espoir pour contrer le syndrome de Hutchinson-Gilford (progéria), mais présente également un potentiel thérapeutique pour plus de 15 % des maladies génétiques causées par des erreurs d'édition de l'ARN.
Le syndrome de Hutchinson-Gilford-Progeria (HGPS) est caractérisé, chez l’enfant, par le développement de rides profondes, un retard de croissance et un vieillissement rapide des os et des vaisseaux sanguins dès l'âge de 1 à 2 ans. Il s’agit d’une maladie génétique rare et incurable qui touche environ 1 enfant sur 8 millions. L'espérance de vie moyenne des patients n'est que de 14,5 ans, et à ce jour, il n'existe aucun traitement curatif.
Le syndrome est causé par une mutation ponctuelle du gène LMNA, qui entraîne la production de progérine, une protéine toxique et anormale. La progérine perturbe la structure de l'enveloppe nucléaire des cellules, accélérant le vieillissement cellulaire et provoquant des symptômes similaires à ceux du vieillissement avancé : fragilité osseuse, rigidité artérielle et, à terme, défaillance d'organes vitaux.
Le seul médicament approuvé par l’Agence américaine (FDA) pour la progéria, le lonafarnib (Zokinvy), a un coût exorbitant et n'offre qu'une modeste prolongation de la vie de 2,5 ans. Ce traitement nécessite souvent une association avec d'autres thérapies et comporte un risque élevé d'effets secondaires importants. Il existe ainsi un besoin urgent d'options thérapeutiques plus efficaces et plus sûres.
L’étude a développé avec succès la première thérapie de précision au monde pour la progéria grâce à une technologie de régulation génique de nouvelle génération. Cette approche novatrice élimine sélectivement les ARNs responsables de la maladie tout en préservant la fonction des gènes normaux, améliorant ainsi considérablement la sécurité et ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques.
En d’autres termes, il s’agit de « ciseaux » moléculaires guidés par l'ARN, qui distinguent l'ARN mutant des transcrits normaux, permettant ainsi la dégradation sélective de la progérine tout en épargnant les protéines saines de la lamine A. Contrairement aux méthodes traditionnelles d'édition du génome comme CRISPR-Cas9, qui altèrent l'ADN de manière permanente et présentent des risques de mutations hors cible,
cette stratégie de ciblage de l'ARN ne modifie que l'ARN.
Elle offre ainsi un profil de sécurité plus élevé et permet même une réversibilité en cas d'effets indésirables.
Première preuve de concept : appliquée à un modèle murin porteur de la mutation progéria, la thérapie inverse les symptômes caractéristiques de la maladie, notamment la perte de cheveux, l'atrophie cutanée, la courbure de la colonne vertébrale et la mobilité réduite. Les souris traitées retrouvent également leur poids corporel, leurs fonctions reproductives et leur santé cardiaque et musculaire- à un niveau comparable à celui des souris témoins en bonne santé.
Au-delà du traitement de la progéria, l'étude met également en évidence le potentiel d'une régulation précise du vieillissement et présente un potentiel thérapeutique pour les maladies génétiques causées par des erreurs d'édition de l'ARN.
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