ULCÈRE DIABÉTIQUE : Lutter contre la plaie invisible
Détecter ces plaies invisibles, précisément les ulcères du pied diabétiques qui semblent cicatrisés mais qui risquent de se rouvrir, c’est l’objet de cette étude de cliniciens de l’Université de Pittsburgh. Ces travaux, publiés dans la revue Diabetes Care, proposent une nouvelle approche pour identifier ces ulcères à risque, mais incitent aussi à revoir la définition de la fermeture de ces plaies.
Les ulcères du pied diabétique constituent une complication majeure chez les patients atteints de diabète de type 1 et de type 2. Ces plaies cicatrisent lentement et présentent un taux de récidive élevé, ce qui conduit souvent à l'amputation et au décès.
L’auteur principal, le Dr Chandan Sen, professeur de chirurgie de l'Université de Pittsburgh et directeur scientifique des services de cicatrisation des plaies à l'UPMC explique que « chez les patients porteurs d’ulcères du pied diabétique apparemment cicatrisés et répondant à la définition actuelle d'une plaie fermée, les ulcères fermés présentant une peau lésée avec perte d'eau plus importante sont susceptibles de se rouvrir ».
Cette nouvelle recherche révèle qu’une évaporation de l'humidité plus élevée de ces plaies fermées, est le signe d'une fonction barrière cutanée défectueuse et un marqueur de récidive.
Si l’Agence américaine Food and Drug Administration (FDA) définit actuellement une plaie fermée comme une plaie dont la surface est entièrement recouverte de peau saine et qui ne présente aucun écoulement ni drainage ni exsudat pendant 2 semaines consécutives, pour certains ulcères diabétiques, ces apparences peuvent être trompeuses.
L’étude est menée auprès de 368 participants atteints de diabète de type 1 ou 2 et porteurs d’un ulcère du pied diabétique récemment cicatrisé. À l'aide d'un appareil portable, les chercheurs ont relevé la perte d'eau trans épidermique au niveau des plaies cicatrisées, puis ont suivi ces patients pendant une période de 16 semaines afin de détecter toute récidive. L’analyse révèle que :
- 22 % des participants présentaient des plaies qui se sont rouvertes à la semaine 16 ;
- la perte d'eau trans épidermique au niveau des plaies cicatrisées était systématiquement plus élevée pour les plaies qui se rouvraient que pour celles qui sont restées fermées ;
- des valeurs de perte d'eau trans épidermique élevées (supérieures à 30) sont associées à un risque multiplié par 2,7 de réouverture de la plaie et à un délai de récidive plus court.
« Une valeur de perte d'eau trans épidermique de 30 sur une plaie cicatrisée doit être considérée comme un signal d'alarme »,
observent les chercheurs : « Même si ces plaies semblent fermées, la barrière est défectueuse ; ces plaies invisibles méritent donc des soins supplémentaires ».
En matière de cicatrisation, les apparences peuvent donc être trompeuses
Certains ulcères du pied diabétique apparaissent bien « fermés », ils répondent ainsi à cette définition de la cicatrisation, cependant ils ne sont pas « fonctionnellement » fermés. En effet, pour ces plaies apparemment fermées,
- la peau ne remplit pas encore sa fonction de barrière contre les agents pathogènes extérieurs :
- la barrière est inefficace et la plaie reste vulnérable aux bactéries, aux impuretés et aux allergènes qui pénètrent dans l'organisme.
« On parle alors de plaies invisibles ».
Plaies invisibles, quels marqueurs ? Ces plaies invisibles, qui peuvent se rouvrir, sont caractérisées par une évaporation de l'humidité plus importante, à travers cette barrière fragilisée, que sur une peau saine. Ce phénomène peut être détecté à l'aide d'un simple appareil portatif de mesure de la perte d'eau trans épidermique.
Prises ensemble ces observations suggèrent que la restauration de la fonction barrière cutanée devrait être intégrée à la définition actuelle de la fermeture des plaies afin de garantir une fermeture durable et de mieux identifier les patients à risque de récidive.
Enfin, la mesure de la perte d'eau trans épidermique constitue un mode diagnostique fiable pour évaluer, pour la première fois, le risque de récidive d'un ulcère.
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