CANCER : Le traitement est aussi « alimentaire »
Cette étude menée au Ludwig Cancer Research (Lausanne) révèle un lien surprenant entre l’alimentation, le microbiote intestinal et l’efficacité des traitements contre le cancer. Cette fois, et précisément, ces travaux, publiés dans la revue Cell, contribuent à expliquer pourquoi des médicaments en particulier, les inhibiteurs de la kinase PI3 (PI3K), qui perturbent une voie de signalisation biochimique anormalement activée et favorable à la prolifération des cellules cancéreuses, ne parviennent pas toujours à contrôler la propagation du cancer chez les patients atteints de tumeurs solides. Cela tient parfois à "une simple question" d'alimentation.
« De nombreux médicaments anticancéreux n'ont pas la même efficacité chez tous les patients, et l’une des explications possibles tient à l'alimentation », explique l’un des auteurs principaux, le Dr Joshua Rabinowitz : « Nous observons dans cette étude que l'alimentation peut effectivement modifier les résultats des traitements contre le cancer chez des modèles précliniques, et ce de manière inattendue, sans lien avec ses effets nutritionnels immédiats ».
« La faute à » de petites molécules présentes dans les aliments d'origine végétale
Chez la souris, les chercheurs identifient en effet de petites molécules, métabolites d’aliments végétaux, transformées par les bactéries intestinales commensales en composés qui activent le foie pour éliminer plus rapidement les inhibiteurs de la PI3K ce qui réduit l'efficacité du médicament ». Des résultats qui pourraient de plus, être pertinents pour plusieurs classes de médicaments utilisés pour traiter le cancer et d'autres maladies.
L'étude débute une expérience examinant l'interaction entre l'alimentation et le traitement du cancer sous un angle totalement différent : ce premier constat est
une capacité remarquable des régimes cétogènes à améliorer les réponses aux anticancéreux
chez des animaux modèles de cancer.
- Si le régime cétogène est riche en lipides et pauvres en glucides, son impact sur la réponse aux inhibiteurs de PI3K n’a en fait rien à voir avec les glucides, les lipides, la glycémie ou l'insuline, c’est plutôt ici sa complexité moléculaire qui permet cette amélioration de la réponse au traitement ;
- les régimes à base de plantes au contraire induisent la production de composés phytochimiques, -notamment par la décomposition des saponines de soja dérivées du soja-, en molécules qui induisent l'expression d'une enzyme hépatique détoxifiante, le cytochrome P450 qui favorise l’élimination rapide des inhibiteurs de la PI3K, ce qui réduit l'efficacité anticancéreuse du traitement ;
- ainsi, un régime riche en glucides mais pauvre en composés phytochimiques, ainsi que des antibiotiques qui appauvrissent le microbiome intestinal, améliorent l'activité des inhibiteurs de la PI3K – toujours chez la souris.
Un résultat contre-intuitif
« Ces résultats suggèrent que certains régimes alimentaires à base de plantes, par leurs interactions avec la flore intestinale, pourraient réduire l'exposition aux médicaments anticancéreux en augmentant les systèmes d'élimination des médicaments dans l'organisme. Bien que les molécules spécifiques qui exercent cette influence puissent varier d'un humain à l'autre, nos travaux mettent en évidence que
l'alimentation et le microbiome sont des facteurs clés pouvant influencer la réponse aux anticancéreux ».
Ces résultats, en ligne avec l’association entre l’alimentation et l’efficacité des immunothérapies aussi, ouvrent la voie au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le cancer, qui prennent totalement en compte l'alimentation du patient, la composition du microbiome et l'utilisation ciblée des antibiotiques.
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