SOMMEIL : Prendre en compte ses multiples facettes
Cette étude, l’une des plus larges et plus complètes menées sur l’importance du sommeil pour la santé, appelle néanmoins à d’autres recherches multidimensionnelles couvrant différentes spécialités médicales, la médecine du sommeil bien sûr, mais aussi la cardiologie, l'endocrinologie, la gastroentérologie, la néphrologie, la pneumologie et la neurologie…Cette compréhension plus large de l'impact du sommeil sur la santé physique et le bien-être mental est essentielle pour améliorer la santé, en particulier la santé cardiovasculaire. Ces travaux présentés dans la revue Circulation, rappellent également que toutes ses caractéristiques « comptent » : la durée, le moment, la qualité et d’autres facteurs peuvent influencer la santé ou a contrario le risque de maladies.
Cette nouvelle déclaration scientifique de l’American Heart Association (AHA) sensibilise en effet à l’impact de toutes ces composantes du sommeil, en particulier sur la santé cardiométabolique et donc sur les interventions susceptibles d’optimiser ces différentes composantes qui font « la santé du sommeil ».
Il n’y a pas que la durée de sommeil qui compte
La durée reste une caractéristique de base : « La plupart des adultes ont besoin de 7 à 9 heures de sommeil par nuit, et un sommeil sous-optimal augmente le risque de maladies cardiovasculaires, ainsi que le risque de déclin cognitif, de dépression, d'obésité, d'hypertension artérielle, de glycémie et de cholestérol », explique l’un des auteurs, le Dr Marie-Pierre St-Onge, présidente du groupe de rédaction de la déclaration scientifique et chercheur à l'Université Columbia (New York). Les dernières données indiquent que
- dormir moins de 7 heures par nuit augmente le risque de fibrillation auriculaire, de syndrome cardiométabolique (un ensemble de maladies qui augmente le risque de diabète de type 2, de maladie cardiaque ou d'accident vasculaire cérébral) et fait que la tension artérielle ne baisse pas autant qu’elle le devrait pendant le sommeil ;
- dormir trop longtemps ou plus de 9 heures par nuit est également associé à un risque accru de syndrome cardiométabolique, de rigidité artérielle, d'accident vasculaire cérébral (AVC) ou de décès de cause cardiaque.
Et s’il existe des preuves solides de l’importance d’un sommeil suffisant (durée du sommeil) pour la santé globale, d’autres composantes du sommeil, comme une heure de coucher régulière, un sommeil non ininterrompu, un bon fonctionnement diurne et une satisfaction autodéclarée à l’égard du sommeil, contribuent également à la santé cardiométabolique et aux facteurs de risque associés, notamment au risque de maladies cardiaques, d’accident vasculaire cérébral (AVC), l’hypertension artérielle (HTA), l’hypercholestérolémie, l’inflammation, l’intolérance au glucose, l’obésité et le syndrome d’apnée obstructive du sommeil (SAOS).
Alors quelles composantes ? Un sommeil sain comprend de multiples composantes toutes déterminantes, dont :
- le nombre d'heures de sommeil par nuit (durée),
- le nombre d’éveil nocturnes (continuité),
- le temps d'endormissement,
- le rythme (durée des différentes phases)
- le fonctionnement diurne,
- les habitudes (régularité, heure du coucher),
- la satisfaction autodéclarée à l'égard du sommeil.
Le sommeil, facteur majeur de santé cardiométabolique
Au-delà d’une durée trop courte ou trop élevée,
- une perturbation de la continuité du sommeil est associée à un risque accru de fibrillation auriculaire, de crise cardiaque, d'hypertension artérielle ou de résistance accrue à l'insuline ;
- une heure habituelle du coucher sous-optimale est associée à une augmentation des facteurs de risque de maladies cardiovasculaires : se coucher à minuit ou plus tard, par rapport à un coucher avant minuit, est associé à un risque accru de surpoids ou d'obésité, de résistance à l'insuline et d'hypertension artérielle ;
- une moindre satisfaction du sommeil ou une mauvaise perception qu'une personne a de son sommeil sont associées à une tension artérielle plus élevée, à une rigidité artérielle, à la maladie coronarienne et à une tension artérielle nocturne qui ne baisse pas suffisamment ;
- une irrégularité du sommeil ou absence de stabilité de la durée et du rythme de sommeil au fil des jours (par exemple, une variation du nombre d'heures de sommeil entre les jours de la semaine et les week-ends) ou un décalage horaire social sont associés à une augmentation de 20 % du risque de surpoids ou d'obésité, à un risque accru de maladies cardiovasculaires, d'hypertension artérielle, d'inflammation, et d'une tension artérielle qui ne diminue pas suffisamment pendant la nuit ;
- un fonctionnement diurne lié au sommeil altéré, avec un degré élevé de somnolence ou de fatigue est associé aux maladies cardiovasculaires, aux maladies coronariennes, aux accidents vasculaires cérébraux et au décès, toutes causes confondues ;
- l'architecture du sommeil ou l’organisation des phases de sommeil, soit le sommeil lent qui comprend les phases de sommeil léger et profond et le sommeil paradoxal (REM), la phase la plus profonde du sommeil, compte aussi : les perturbations de cette architecture notamment l’interruption du sommeil lent, entraînent des niveaux plus élevés de résistance à l’insuline par rapport à une bonne architecture et une continuité du sommeil.
Facteurs sociodémographiques et caractéristiques du sommeil : la déclaration précise également les différences en matière de sommeil chez les personnes affectées par des facteurs sociaux défavorables à la santé. Ces facteurs sociaux et environnementaux, notamment les caractéristiques du logement et du quartier, comme la pollution lumineuse, atmosphérique et sonore, et la sécurité, contribuent à dégrader de nombreux aspects de la santé du sommeil.
« Chaque individu a une expérience spécifique du sommeil, associée aussi aux inégalités de santé ».
Âge, étapes de la vie et évolution du sommeil : le sommeil change au cours de la vie cependant il ne faut pas accepter un sommeil de mauvaise qualité ou qui se dégrade comme une conséquence inévitable du vieillissement. La survenue de nouvelles difficultés à s’endormir ou à rester endormi, ou encore d'une somnolence diurne excessive appelle une consultation médicale.
En conclusion, l'importance du sommeil est de mieux en mieux reconnue, tout comme celle de ses multiples caractéristiques. Cependant, des progrès dans l'évaluation de ces nombreuses dimensions du sommeil restent à accomplir : des recherches multidimensionnelles qui vont nécessiter une collaboration entre
différentes spécialités médicales, toutes essentielles pour améliorer la santé par la santé du sommeil.
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